Confiance et responsabilité, facteurs essentiels d’une bonne coopération interprofessionnelle

La session dédiée aux coopérations interprofessionnelles organisée lors du MDCT 2018 a permis de faire le point sur leurs évolutions dans le champ de l’imagerie médicale. Responsabilité, confiance, compétences, formation et innovation ont été les maitres mots de cette table ronde. Mais certains radiologues ne sont pas encore convaincus.

MDCT 2018
MDCT 2018

La coopération interprofessionnelle en imagerie médicale semble une des voies à suivre pour améliorer la prise en charge radiologique des patients. Mais comment faire pour la rendre pertinente et réussir son développement ?

Des protocoles basés sur le volontariat

Pour répondre à cette question, le Dr Laurent Verzaux (Le Havre) a pris la parole le 30 janvier 2018 à l’occasion du VIIème Symposium Scanner volumique (MDCT) 2018. Après un bref rappel de l’évolution législative sur le sujet, il a souhaité poser les bases d’une bonne collaboration entre radiologues et manipulateurs. Il a notamment affirmé qu’elle reposait avant tout sur un projet médical et que les acteurs impliqués dans les protocoles de coopération devaient y participer de manière volontaire. Pour réussir ces processus, il a mis en avant la nécessité d’assurer des actualisations de compétences pour les nouvelles activités des manipulateurs, tant en formation initiale que continue.

De nouvelles activités bientôt dévolues aux manipulateurs ?

Mais les critères de réussite d’une bonne coopération sont à chercher également du côté de la confiance. Confiance du radiologue envers les compétences du personnel paramédical, qui doit exercer avec autonomie, et respect mutuel pour assurer les conditions d’une bonne entente. Les protocoles de coopération devraient, selon le Dr Verzaux, faire l’objet de nouveaux actes techniques dans un futur proche sous l’effet de nouvelles situations cliniques, notamment en radiologie interventionnelle, mais aussi dans le cadre d’une prochaine tarification au parcours. Il a ainsi donné l’exemple d’une possible participation du manipulateur pour expliquer les comptes rendus des radiologues, selon un schéma s’inspirant de l’exercice de l’infirmière d’annonce.

L’activité du manipulateur ne doit pas se cacher derrière la responsabilité médicale

Une table ronde a suivi la présentation du Dr Verzaux, faisant intervenir, sur le même sujet, Brigitte Lammault, secrétaire générale du Comité d’harmonisation des centres de formation de manipulateurs et le Dr Bruno Boyer, représentant de l’Ordre National des Médecins. Pour la première, les coopérations interprofessionnelles renforcent la notion de responsabilité du manipulateur sur ses pratiques. Si c’est le radiologue qui est encore responsable de l’acte d’imagerie, le paramédical ne doit pas se cacher derrière la responsabilité médicale concernant les actes qu’il aura à réaliser. Le manipulateur se doit d’adopter une vision interprofessionnelle des situations de prise en charge afin de donner du sens aux protocoles et d’alimenter la recherche de nouvelles coopérations innovantes. Elle a ainsi donné quelques exemples de possibles activités nouvelles comme le suivi des patients après les actes interventionnels ou es traitements de radiothérapie ou, pour rejoindre le discours du Dr Verzaux, de l’explication des comptes rendus.

Où l’on reparle des pratiques avancées pour les manipulateurs

Le Dr Boyer est revenu quant à lui sur l’éventuelle création de pratiques avancées pour les manipulateurs. Ces dernières doivent être considérées de manière interprofessionnelle afin de garantir une qualité optimale de la prise en charge radiologique, sur la base de pratiques expérimentées et validées. Il sera, pour lui, nécessaire d’informer le patient sur ces évolutions, le médecin restant responsable devant ce dernier. Reste que certains radiologues, dans l’assistance, exprimaient leurs craintes quant au transfert de certaines tâches, notamment en échographie.

La question n’est pas tranchée mais des évolutions sont à attendre sur le champ des coopérations interprofessionnelles en imagerie médicale.

Bruno Benque

Source : Confiance et responsabilité, facteurs essentiels d’une bonne coopération interprofessionnelle

Verso accompagne les professionnels de l’imagerie vers une bonne coopération interprofessionnelle.

Au plus profond des déterminants physiques de l’image scanographique

C’est une session d’un haut niveau scientifique qui nous a été proposée pour évoquer les nouvelles formes de reconstruction itérative nécessaires à une amélioration sensible des images scanographiques, à l’occasion du MDCT 2018. Le Pr Régent, le Pr Bricault et le Dr Pasquier ont exploré pour nous les déterminants physiques d’obtention d’une image de qualité.

MDCT 2018
MDCT 2018

Le symposium Scanner volumique (MDCT) 2018 a fait l’objet, le 30 janvier 2018 à Nancy, d’une session très pertinente sur les fondamentaux pour une meilleure pratique en scanographie.

Un niveau de dose minimum nécessaire pour une bonne appréciation des lésions de petite taille

Le Pr Denis Régent a tout d’abord fait un retour sur les constituants d’un bon rapport signal sur bruit. Il a rappelé en préambule que le contraste apparent perçu par l’œil humain était dépendant de la tonalité du fond de l’image, ce qui rend si important l’utilisation d’un fenêtrage dynamique. Il s’est ensuite attardé sur les deux composantes, propre et apparent, du bruit polluant les images radiologiques. Le bruit propre est quantique et ne peut pas être modifié alors que le bruit apparent est issu des différents effets de bords et pouvait faire l’objet d’un maquillage par changement de fenêtre ou intégration d’un algorithme. Il a toutefois souligné que la qualité diagnostique pour les structures de petite taille ne pouvait pas se satisfaire d’une dose d’acquisition trop basse.

Les différents facteurs de déformation du faisceau incident

Puis ce fut au tour du Pr Yvan Bricault d’aborder la crédibilité des valeurs de densité proposées par les constructeurs sur leurs machines. Il a tout d’abord rétabli une erreur communément faite dans la pratique: le scanner ne mesure pas une densité mais une atténuation du faisceau incident. Il a également confirmé les dires du Pr Régent sur les limites des reconstructions itératives pour la réduction du bruit. Ces reconstructions, a-t-il déclaré, traitent l’information reçue par chaque voxel, mais des facteurs géométriques liés à l’obliquité des rayons ainsi qu’au diffusé durcissent le faisceau. À cet égard, il a présenté comme pertinente l’utilisation d’un algorithme de type Model-based, qui prend en compte l’ensemble de ces contraintes.

Des paramètres très complexes pour améliorer sensiblement la qualité image

Enfin, le Dr Hugo Pasquier nous a orientés sur l’utilisation de ces nouveaux algorithmes de reconstruction des images scanographiqiues. Les technologies conventionnelles ne sont, selon lui, plus adaptées pour obtenir une qualité d’image pertinente. Il objective ainsi une répartition du bruit selon un spectre de fréquence (Noise Power Spectrum – NPS), qu’il a présenté en une équation mettant en jeu la région d’intérêt à étudier (ROI), leur nombre et la Transformée de Fourier. La qualité de l’image et la résolution spatiale sont ensuite déterminées par le niveau de dose et le niveau de contraste propre à chaque situation clinique. Pour optimiser les protocoles à partir de ces données, il est nécessaire d’utiliser la méthode « Model observer » pour obtenir un indice de détectabilité dépendant des données d’acquisition, de l’œil du radiologue et de l’adaptation clinique relative à la région à explorer.

Nous espérons identifier, à moyen terme, les applications pratiques de ces données hautement scientifiques pour les rendre concrètes et les voir utilisées au quotidien…

Bruno Benque

Source : Au plus profond des déterminants physiques de l’image scanographique

Verso accompagne les experts de l’imagerie vers une amélioration de l’imagerie scanographique.

 

 

Bientôt de la perfusion quantitative et de l’imagerie moléculaire froide par scanner

Parmi les sujets présentés lors du MDCT 2018, le scanner spectral a été l’un des plus suivis. Les applications que cette technologie désormais mature peut encore faire émerger devraient faire évoluer significativement les pratiques radiologiques, selon le Pr Philippe Douek.

MDCT 2018
MDCT 2018

Le Symposium Scanner volumique (MDCT) 2018, qui s’est tenu les 29 et 30 janvier 2018 à Nancy, a permis aux nombreux acteurs de l’imagerie médicale présents de découvrir l’évolution d’une technologie d’avenir, le scanner spectral à comptage photonique.

Le Pr Douek, pionnier français du scanner à comptage photonique

Plusieurs présentations y étaient consacrées, signe d’une maturité naissante et d’un intérêt grandissant au sein de la communauté. Le Pr Philippe Douek, qui travaille sur un projet de développement de cette technologie depuis quelques années au Cermep, le centre d’imagerie multimodale in vivo lyonnais dédié à la recherche fondamentale et clinique, est revenu sur les bases physiques de ce système d’acquisition d’images qui cumule l’effet photoélectrique et l’effet Compton. « Les détecteurs du scanner spectral sont capables de transformer directement les photons en énergie et d’obtenir une densité différente selon le niveau d’énergie atteint », a-t-il annoncé en préambule. Ainsi, en une seule acquisition, il est possible d’obtenir différentes visions d’une même coupe, selon le niveau d’énergie, entre 40KeV et 120KeV, qui nous intéresse.

Obtenir des informations essentielles à bas kilovoltage

Cette technologie permet de réaliser également des reconstructions et des recombinaisons itératives, afin de distinguer les images à densité iodée et aqueuse ou de supprimer les densités calciques ainsi que les artéfacts créés par les matériels implantés. « Une des applications les plus intéressante est par exemple le défaut de perfusion pulmonaire, à l’occasion d’une embolie, que l’on visualise parfaitement avec un très bas kilovoltage (40kV) par une coloration noire du vaisseau pulmonaire, a-t-il poursuivi. Mais ce n’est pas tout ! Nous travaillons actuellement sur un prototype utilisant les informations relatives au K-edge, le pic d’absorption présent dans les courbes caractéristiques à chaque énergie. Il peut classer les voxels en niveaux d’énergie atteints. »

Perfusion quantitative et imagerie moléculaire froide

Ce nouveau champ de recherche ouvre la voie vers la discrimination des agents de contraste et la découverte de nouveaux niveaux d’opacification selon l’énergie considérée. Un projet européen accompagné par Philips et Bracco se propose ainsi, à l’horizon 2020, de développer des produits de contraste ostéo-articulaires, des procédures d’analyse de stent ou de la quantification de contraste. « Des expériences menées pour réaliser du contraste de lésion cérébrales avec des particules d’or, a annoncé le Pr Douek. On peut ainsi imaginer de nouvelles applications pour des agents de contraste à identifier pour obtenir une perfusion rénale ou réaliser un coroscan au gadolinium ! »

Le scanner spectral nous fournira donc bientôt trois niveaux d’informations: photoélectrique, Compton et K-edge, pour une nouvelle réduction des doses de rayons, une résolution encore améliorée et la possibilité de décomposer les matériaux. « Nous pourrons demain, grâce à cette technologie, faire de la perfusion quantitative ou de l’imagerie moléculaire froide, a conclu le Pr Douek. La seule contrainte, s’il y en une, est le volume de données généré par le scanner spectral à comptage photonique, de l’ordre d’1To par acquisition. »

Bruno Benque

Source : Bientôt de la perfusion quantitative et de l’imagerie moléculaire froide par scanner

Verso accompagne les acteurs de l’imagerie médicale vers l’évolution de nouvelles technologies.

Symposium Scanner volumique 2018: un grand crû !

Le Symposium Scanner volumique (MDCT 2018) a, comme à son habitude, tenu toutes ses promesses. À l’image des éditions précédentes, les innovations relatives à cette discipline ont été mises en avant, de même que des thématiques plus générales sur la spécialité.

MDCT 2018
MDCT 2018

Le VIIIème Symposium Scanner volumique (MDCT 2018) s’est achevé ce 29 janvier 2018. Pendant deux jours, ce qui se fait de mieux en imagerie tomodensitométrique a été présenté à Nancy, lors de cet événement pour lequel Thema Radiologie était pour la troisième fois partenaire presse.

À l’avant-garde de la technologie et des pratiques

Pour notre première session, en 2014, nous avions pu découvrir ou approfondir des thématiques telles que les reconstructions itératives et les algorithmes de réduction de bruit ou d’atténuation des artéfacts, ainsi que les technologies de haute résolution spatiale, le développement des grands détecteurs et le scanner 4D. Deux ans plus tard, le coroscanner  s’annonçait comme un concurrent sérieux à la coronarographie, ainsi qu’à la scintigraphie, pour l’évaluation des défauts de perfusion résultant d’ischémie myocardiques, et à la FFR (Fractional Flow Reserve). On découvrait également à cette occasion le scanner spectral à comptage photonique.

Des innovations, mais aussi des sujets plus globaux relatifs à la spécialité

Ce dernier a également été un des sujets phares de la session 2018, la technologie étant désormais commercialisée. Mais la Ultra-haute résolution, l’intelligence artificielle ou le scanner forensique ont connu pour leur part un franc succès. Et, comme ils en ont l’habitude depuis quelques années, le Pr Alain Blum et le Dr Marc Zins ont introduit dans leur programme des sujets de fond sur l’organisation de l’imagerie en général, en particulier les coopérations radiologues-manipulateurs ou les pratiques de restitution des interprétations. Sans oublier les désormais célèbres batailles de consoles post-traitement ou les face-à-face de radiologues tentant de convaincre l’assistance que leur pratique est la meilleure pour obtenir le diagnostic d’une pathologie donnée.

Nous reviendrons dans nos colonnes plus en détail sur certaines présentations des plus remarquées.

Bruno Benque

Source : Symposium Scanner volumique 2018: un grand crû !

Verso accompagne les professionnels de l’imagerie médicale dans tous les événements médicaux et suit les nouvelles innovations.