La première opération chirurgicale assistée par réalité virtuelle a été réalisée en France

IDÉO – Pour la première fois, un chirurgien a posé une prothèse d’épaule, aidé d’un casque lui permettant de voir à travers la peau de la patiente.

Voir à travers la peau le squelette, la position des muscles ou des organes, mais aussi le trajet des nerfs et des vaisseaux sanguins. Quel chirurgien n’a pas souhaité disposer d’un tel pouvoir avant de réaliser une opération délicate? Aujourd’hui, ce scénario est presque devenu réalité. Pour la première fois au monde, le Dr Thomas Grégory, chef du service de chirurgie orthopédique et traumatologique de l’hôpital Avicenne (AP-HP) à Bobigny, a posé une prothèse d’épaule à l’aide d’un casque d’un nouveau genre. L’opération était retransmise mardi en direct sur Internet.

Des gestes plus rapides et plus précis?

Ce casque fabriqué par Microsoft, appelé «casque de réalité mixte HoloLens», a permis au Dr Grégory de voir virtuellement des images en trois dimensions de l’anatomie de sa patiente pendant l’opération. Les images, projetées en temps réel sur son corps, ont été obtenues préalablement par des examens d’imagerie médicale (radiographie, scanner, IRM). «Ce n’est pas un simple casque de réalité virtuelle, explique Florian Pelissier, chargé du projet HoloLens chez Microsoft. Il s’agit en fait d’un véritable ordinateur sans fil que le chirurgien met sur sa tête et qu’il peut contrôler par la voix et par le geste.»

Ce casque peut-il permettre d’améliorer les gestes du chirurgien? Le Dr Grégory semble convaincu. «Cela va nous permettre de disposer durant l’opération d’une foule d’informations: épaisseur exacte des tissus, emplacement précis des organes alentour invisibles, constructions 3D pertinentes ou des coupes 2D, a-t-il expliqué à Science et Avenir. L’outil permet en quelque sorte d’augmenter les sens du chirurgien, d’être plus rapide, plus précis». Visualiser le squelette pour placer rapidement une prothèse lors d’une opération orthopédique, voir la trajectoire des nerfs et des petits vaisseaux pour diminuer les risques de section…Les applications chirurgicales que pourrait offrir ce casque sont multiples.

Outre la projection des images anatomiques en 3D, le Dr Grégory pourra également accéder à l’ensemble des données médicales de la patiente pendant l’opération via le casque. Par ailleurs, il sera assisté à distance par trois autres chirurgiens internationaux.

Un point à améliorer

«Reste un point crucial à développer dans la logique poursuivie par ces chirurgiens pionniers et Microsoft, souligne Science et Avenir. Le recalage du modèle numérique en fonction de la position du patient ou d’éventuels mouvements, même très faibles, lors de l’intervention (respiration, déformation des tissus au passage des outils chirurgicaux…)». En effet, les images en 3D projetées sur le patient ne sont qu’une photographie ponctuelle de l’anatomie du patient au moment où celui-ci réalise ses examens d’imagerie. Elles ne tiennent donc pas compte d’éventuels changements. Or un décalage de quelques millimètres par rapport à ce que le chirurgien pourrait voir dans son casque pourrait être critique.

Plusieurs pistes sont d’ores et déjà envisagées pour améliorer ce point: faire des examens d’imagerie de façon régulière (ce qui peut être dangereux pour le patient en raison des rayonnements), utiliser l’imagerie par ultrasons ou bien la modélisation informatique qui permettrait de prédire la déformation.

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